Jacques Demy on l’aime en entier ! Exposition à la Cinémathèque-Française

Il vous reste un peu plus d’un mois, jusqu’en Septembre 2013, pour découvrir la très belle exposition de la Cinémathèque consacrée à l’oeuvre du cinéaste Jacques Demy. Petit tour d’horizon dans la tête (farfelue) de celui qui créa les Demoiselles de Rochefort, Peau-d’Âne et bien d’autres films féériques.affiche

Quel cinéaste était Jacques Demy ?

L’œuvre cinématographique de Jacques Demy dessine un monde. Un monde de villes portuaires (Nantes, Nice, Cherbourg, Rochefort, Los Angeles, Marseille), traversé de chassés-croisés amoureux, où l’imaginaire a toujours raison de l’impossible. Dix-huit films que le cinéaste désirait tous « liés les uns aux autres ». Comédie humaine pop, hantée d’une pléiade de personnages enchantés et en chansons. Demy (1931- 1990) est un des plus grands perfectionnistes du cinéma français. Et un des seuls à avoir interrogé le devenir musical du septième art.peau d'ane

En effet, son univers se compose de marins, forains, fée des Lilas, ouvriers, jumelles excentriques, artistes rêveurs ou marchand de télé ! Il est un de ces cinéastes magiciens qui a su garder son enfance intacte, continuant d’y puiser tout au long de sa vie son énergie créatrice. Mais l’œuvre de Demy outrepasse la seule histoire du cinéma pour s’inscrire dans celle de l’art du XXe siècle. Pour prouver ce postulat esthétique, l’exposition, construite de manière chronologique, confrontera les films avec des œuvres originales d’artistes dont Demy a explicitement revendiqué l’influence : Raoul Dufy dont l’aquarelle La Baie des Anges inspirera le film éponyme de Demy, David Hockney pour sa représentation lumineuse de la Californie ou Leonor Fini pressentie pour créer les costumes fabuleux de Peau d’âne.

Un enfant du cinéma

C’est dans le grenier nantais de ses parents que le jeune Jacques, déjà cinéphile et passionné de technique, se met à inventer des courts métrages d’animation. Ce sera, en 1947, Pont de Mauves, film peint sur Celluloïd, puis l’année suivante Attaque nocturne, réalisé image par image avec des personnages en papier découpé.

roseAprès avoir suivi les cours de l’École technique de photographie et de cinématographie à Paris, le désir de Demy pour le 7ème Art le conduit paradoxalement à s’orienter vers le documentaire. Sous l’influence de Georges Rouquier, dont il a été l’assistant, il retrouve l’artisan qui s’occupa de lui une partie de la guerre pour enregistrer, dans l’intimité de son atelier, les gestes du quotidien, le travail comme salut (Le Sabotier du Val de Loire). Ce rapport poétique au réel, il en verra la confirmation dans les amitiés cinéphiliques qu’il tisse, dès 1957, avec les futurs chefs de file de la Nouvelle Vague. Malgré des différences (moins théorique, Demy n’écrit pas de textes critiques), l’émulation entre eux est fondamentale, faite de vases communicants qui entraînent Demy à apparaître dans Paris nous appartient de Rivette (1958-61) avant d’être produit, pour son premier long métrage Lola (1960), par Georges de Beauregard, via l’entremise de son ami Godard.

Une exposition comme une traversée

L’exposition proposera une traversée de ce Demy-monde qui est un vrai continent à lui seul. Un monde où le souvenir vient bouleverser le présent, rendre possible la cœxistence de plusieurs époques. Car, de films en films, le spectateur retrouve les mêmes personnages (et acteurs !), un peu plus âgés, un peu différents. En cela, son danseusesœuvre tout entière est un palimpseste. Model Shop, précurseur du Nouvel Hollywood, est une suite assumée de Lola, huit ans après, sur le sol californien. Réapparaît Anouk Aimée brisée, posant pour quelques dollars dans l’intimité d’une chambre close et factice (rose cheap), d’où elle n’espère qu’une seule chose : s’enfuir. Le contraire de cette envie irrépressible d’être sous les projecteurs, qui anime les Demoiselles aussi bien que la jeune Marion de Trois places. Dans tous les cas, Demy filme le spectacle en coulisse, s’attache aux corps de ses héroïnes, en effleurant leurs vies secrètes, ces lointaines aventures hors champ dont les échos reviennent avec émotion au bord du cadre.

Exposition Jacques-Demy 
Cinémathèque Française
51 rue de Bercy
75012 Paris

www.cinematheque.fr

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